19.04.2009

Susan Boyle, inégalité.

Nous n'y échappons pas, et n'avions aucune intention d'y échapper.

25 millions ? 30 milions ? 60 milions de clics ? Susan Boyle est le plus grand succès de l'histoire de la chanson. En effet, si l'on rapporte le nombre de requêtes Youtube ou DailyMotion au laps de temps écoulé depuis qu'elle est apparue sur la scène de ce radio-crochet, le chiffre obtenu indique que jamais une prestation artistique n'a été vue en si peu de temps, par autant de monde. Certes, cela est rendu possible par INTERNOUILLE, ne l'eût pas été du temps de jean Nohain. Mais c'est un fait: personne n'était obligé de cliquer sur Susan Boyle.

Mais alors que peut dire Bertrand Pouffecal, snob donc soucieux d'être constamment décalé, d'une artiste sur laquelle tout le monde a le même avis, qui est d'ailleurs parfaitement justifié par son talent ? Ceux qui n'ont pas été pris à la gorge en l'entendant sont dépourvus de toute sensibilité, c'est évident. B. Pouffecal ne veut pas en être.

En matière artistique, contrairement à un lieu commun, la hiérarchie, ça existe. Baudelaire est supérieur à Jean Aicard. Mozart est mieux que Rondo Veneziano. Ce n'est pas qu'une question de conditionnement culturel.

Ces concours de chant en sont la preuve: on chasse la "discrimination" par la porte, elle rentre par la fenêtre de "Nouvelle star", super-machine à éliminer les mauvais, simplement parcequ'ils sont mauvais, conformément à l'opinion commune sur ce qui est mauvais. Les bons passent, les mauvais giclent. Il n'y a aucune égalité.

Pour ce qui est de Susan Boyle, le monde entier connaît le miracle, mais voici un rappel pour ceux qui ne sont pas au courant (envahisseurs extraterrestres, vampires, internautes n'ayant pas payé leur facture, etc.): il y a quatre jours, à l'occasion d'un concours de chant télévisé appelé "Britain's Got Talent" ("la Grande-Bretagne a du talent", ce qui est bien évident comparé à la France en matière musicale, Barbara, Brel et Trenet étant bel et bien morts), se présente une fille qui ne devrait normalement pas se présenter: pas terrible, pas très jeune. Donc, le cerveau humain paria sur ce qui se passe dans 99% des cas: ce qui semble être est, en général, avéré. Il n'y avait donc aucune raison de leur reprocher (jury, public, pétasses) de n'y avoir pas cru.

Or elle chanta, et tout y était: la justesse, la puissance, la délicatesse, la nuance, le timbre, le rythme, l'émotion, la maîtrise. Stupéfaction, impression d'être dans un film (américain). Tout fut balayé en deux secondes.

Ci dessous la vidéo, avec sous titre français, malheureusement en mono, car Youtube, nouvelle connerie, bloque certains films que l'on ne peut donc intégrer dans son blog (droit d'auteur bidon). Je vous conseille donc vivement d'aller visionner ce film ici en stéréo et haute qualité, puis de regarder le film ci dessous après.

envoyé par gerard308 Susan Boyle sous titree en francais.

Venons en alors aux innombrables commentaires suscités par la mocheté de Susan Boyle.

Elle n'est pas si moche que cela, sa robe était très élégante, simple mais de bon ton. Ainsi donc, des milliers d'internautes et de blogueurs n'ont aucune idée de ce qu'est la vrai classe, et finalement croient qu'être chic c'est porter ces robes voyantes de pouf. Par ailleurs, elle n'est pas si disgraciée que cela, ni si vieille: elle n'a que 47 ans, est donc nettement plus jeune que Ségolène. Et elle est plus mince que Marianne James (et chante mieux).

Mais voilà: il a été dit et répété à l'envi qu'elle donnait une fessée mentale à notre "dictature du paraître  jeune", de la "beauté" et de "l'extérieur". Nos "préjugés" étaient pris en défaut. Vous voyez, vous disait-on: elle est moche, et si vous n'aviez vu que cela, salaud, vous seriez passé à côté. Donc ne soyez pas fasciste: ce qui est moche n'est pas moche, tout n'est question que de "préjugés". Cessez de "hiérarchiser".

Hé bien c'est bidon. Susan Boyle démontre exactement le contraire de ces leçons d'humanisme à la con.

Certes, ce n'est pas un prix de beauté. Mais elle chante TRES BIEN, et s'est imposée de surcroît devant le public et le milieu musical le plus blasé et le plus sévère du monde, le public britannique. Essayez d'y arriver, ce n'est pas gagné.

Donc elle ne démontre pas que l'on a tort de hiérarchiser, elle démontre au contraire que le talent véritable existe, et que flagrant, il écrase tout, et tout de suite. Il y a une inégalité entre beaux et laids, évidemment, entre les forts et les faibles bien sûr, les grand et les petits naturellement, entre les génies et les imbéciles assurément. Et par conséquent, dans le cas de cette sympathique chômeuse écossaise, entre les doués et les PAS doués, voilà. Le système vient de se faire rappeler cette évidence d'une seule claque.

Dernière réflexion: pourquoi ce talent est-il resté ignoré durant des décennies ? Réponse tirée de Charles Bukowski "...nombre des gens riches et célèbres n'étaient que de sales cons et de sales connes. Ils avaient simplement eu du pot. Ou s'étaient enrichis sur le dos de la stupidité des foules. En général, ils étaient sans talent, sans intelligence, sans âme, des étrons sur pattes..." (Charles Bukowski, "Hollywood". Grasset, 1991)

Donc, a contrario, le talent réel peut passer inapperçu, puisque d'abjects nuls passent pour géniaux depuis des décennies.  Des noms ?

14.04.2009

Pourquoi Mona Chollet est-elle de gauche ?

Qui est Mona Chollet ? Pour les hésitants:

Mona Chollet est une fille presque parfaite. Plutôt jolie, soit dit exprès pour la foutre en rogne, les féministes ayant horreur de cela. "Diriez vous cela à Jacques Attali, sale macho ?" Non, c'est certain.

Vous rendez vous compte de ce que cela signifie  ? Cela montre, à la fois, que vous présumez qu'elle n'est pas homosexuelle, ce qui est une présomption normative donc discriminatoire donc extrêmement grave, puis que vous la réassignez à un simple statut d'objet sexuel, alors qu'elle est une intellectuelle qui laisse la vaisselle sale dans l'évier. Machisme, sexisme, homophobie: votre compte est bon, c'est la taule. Alors faites attention. Très attention.

Donc, la penseuse suisse Mona Chollet est journaliste au Monde Diplomatique, animatrice du site « peripheries.net », auteur de La tyrannie de la réalité (Calmann-Lévy, 2004 / Folio – Gallimard, 2006) et de Rêves de droite : Défaire l'imaginaire sarkozyste, lisible librement à cette adresse, tout en vous laissant libre de l'acheter, pour bien montrer qu'elle est contre les rapports marchands de cette société capitaliste pourrie.

Vous trouverez ici une interview d'elle par les ex-libés Rue89, vieux de 14 mois. Elle parle de Sarkozy, qui pour elle est vraiment le pire du pire. On s'en fout, de Sarkosy, ce n'est juste que pour faire connaissance avec Mona Chollet. Elle me fait vraiment penser à plusieurs profs que j'avais au lycée. Pas vous ?


Interview de Mona Chollet 1/3
envoyé par rue89


Pourquoi est-elle parfaite, donc ?

dyson.jpgElle est la quintessence de la gauche presque pure. Je n'ai pas dit: "et dure", juste pure. Pure non point idéologiquement, pure en ce qu'il n'y a aucun défaut dans le produit, tout y est, tout est nickel, on en a pour le prix dans ce niveau de gamme. Elle est à la gauche donneuse de leçons et d'une touchante naïveté ce que Dyson est aux aspirateurs sans sac: la référence. Tout y est, rien ne manque: pas de violence dans les banlieues, juste de la misère sociale; même le torchon Charlie Hebdo est fasciste. L'Occident a tort, toujours, partout, tout le temps. Pour cette fille là, "bobo" est une épithète parfaitement fausse voire insultante: elle n'est pas assez riche pour cela. Certains disent: "qu'elle se fasse casser la figure dans RER, elle changera d'avis". Je n'en crois rien. Elle maudira simplement Christine Lagarde et Jean-Claude Trichet et leur politique libérale qui met les gens dans la misère. A-t-elle vraiment tort du reste ?...

la-journee-de-la-jupe.jpgElle casse donc, forcément, le film d'Adjani, vous vous en doutez (qui est peut-être un naveton, je ne l'ai pas vu). Sur ce sujet, tout est simple pour elle: tout le monde devrait pouvoir venir en France sans aucune restriction. Si ça se passe mal (c'est à dire si Paris devient Johannesburg), ce sera à cause des salauds de droite comme Sarkozy et Besson. Et ce film, pour Mona, là, vraiment, ne passe pas. Elle en a le souffle coupé d'une telle insubordination. 99% des films, des séries télé et des articles de presse disent que l'immigration n'apporte QUE DES BIENFAITS, un film, un seul dit le contraire, de surcroît un film à qui on a mis tout les bâtons dans les roues, pour Mona, c'est quasiment le SAMU. Elle s'en étrangle.  Citation, pour situer le climat:

"Bergerac, Labouret, Béchet : c’est fou comme, dans ce film, les vrais Français ont des noms qui fleurent bon la vraie France"

Vous saisissez ? Des français avec des noms Français ! QUI est le dingue qui a fait les dialogues, qu'on le foute en taule ?

"Ce que dit La Journée de la jupe, c’est que le « bon » enfant d’immigré, c’est celui qui, comme Sonia Bergerac [la prof du film est d'origine arabe et s'est assimilée], se fond dans le paysage dès la deuxième génération, sans modifier en rien le visage de la société".

"sans changer en rien...". Rrheuuu! Mona s'en étrangle. Comment une idée aussi répugnante peut-elle germer dans la cervelle de veau d'un fasciste: ne rien changer à la société! Pas d'émeutes, pas de piscines réservées aux femmes, pas de crimes d'honneur! Rien! La France de 1967... berk!

Bon ça suffit, inutile d'aller plus loin, Elisabeth Levy et Jean François Kahn font cela (la chasse aux conneries) beaucoup mieux que nous, vous l'avez entendu cent fois. D'autant que ses opinions amènent Mona Chollet à s'attaquer à des gens vraiment antipathiques comme Pascal Bruckner ou Philippe Val. Car attention, Mona Chollet est beaucoup mieux que Caroline Fourest. Il y a une hierarchie dans la flicaille de la pensée. Il y a tout plein de monde beaucoup bien plus bas qu'elle. Mona n'est pas dans cette poubelle idéologique, que donc nous refermons donc d'ailleurs de suite, pouf, voilà.

Non, ce qui nous intéresse, plus que chercher à convaincre Mona Chollet de changer d'avis, ce qui est évidemment impossible, c'est de comprendre. Pourquoi certaines personnes, qui ne sont pas stupides, en arrivent-elles ainsi à déconner à plein tuyaux, sourdes, aveugles, aliénées aux plus lumineuses évidences ?

Et pour comprendre, posons nous la question: pourquoi cette gauche a-t-elle cette sympathie, jamais démentie, fidèle et durable, pour l'immigration venue du sud de la méditerranée (exemple ici, parmi d'autres), et presque exclusivement celle-ci ? Il n'y a pas qu'une immigration: les Chinois, par exemple, bien plus loins de nous culturellement que les musulmans d'Afrique du Nord. Ce sont des immigrés, arrivés dans la merde, qui n'ont pas été aidés. Ils sont différents, ne s'assimilent pas du tout et sont tous sans-papiers. Donc les gens comme Mona Chollet devraient adorer ça. Mais non.  Les Chinois n'intéressent pas Mona Chollet ni  Danièle Lochak car les asiatiques partagent à 100% notre culte de l'ordre et au travail. Mona Chollet serait donc tout aussi malheureuse au Japon ou a Honk-Kong que dans un bourg protestant du Wisconsin. Ainsi les chinois, en somme, apportant un surcroît d'Occident dans l'Occident, plus royalistes que le roi, suscitent la méfiance de ces milieux: pas de baston à la Gare du Nord, pas de mosquées, pas de bruit, pas d'émeutes, discrets, travailleurs, entreprenants... bref: sans intérêt, voire odieux. 

Comment résoudre cette énigme ? Il y a une piste: les idées politiques des gens sont à rechercher dans leurs goûts profonds, que l'on ne peut changer. Ces goût préexistent à l'engagement. Lorsqu'elle avait seize ans, Mona Chollet avait le choix entre devenir journaliste au Monde Diplomatique ou fondée de pouvoir à la BNP. L'option BNP n'a manifestement pas été retenue.  Je pense que déjà, à seize ans, rien n'annonçait chez elle le moindre goût pour la finance, l'ordre, le pavillon de banlieue clean, un mari expert comptable.  

Je l'interprète comme cela: Mona Chollet, comme beaucoup de gens de gauche, aime la méditerrannée, les ambiances méditerrannéennes, les bruits méditerrannéens, la mentalité méditeranéenne. La méditerranéisation de l'Europe lui plaît, c'est évident . Elle déteste visiblement l'ordre, les faubourgs proprets d'Aix-la Chapelle, le temps gris, le flics avec lesquels on ne peut pas discuter, le Beau Danube bleu, les horaires stricts, les rues bien balayées, les voitures bien lavées. L'Europe du nord, en somme. Derrière les idées de gauche immigrationnistes, il y a peut-être un maurassisme, un tropisme vers le bordel marseillais. La crainte de finir à la Défense peut rendre dingue. Tout cela remonte loin. 

Je pense que Mona Chollet aime le bruit, l'agitation, les palabres, le soleil, une certaine marge de désordre, l'hospitalité orientale. On peut la comprendre. Dans les années 60, la gauche rêvait pour les mêmes raisons à l'Amérique latine. Souvenez vous: pas une soirée, pour nos parents, sans le réfugié colombien de service, sans Atahualpa Yupanqui. Les tapis quichua, Carlos Castaneda, l'inévitable Che Guevara. C'était bien... Cette gauche aime le beau temps, déteste le froid, les décors asptisés, la propreté, Val d'Europe.

Notre société occidentale, il faut bien l'avouer, est très contraignante, rigide, complexe, et cela va s'accentuant. Elle a le culte du travail et de la réussite, et ressemble un peu plus chaque jour à THX 1138. On peut comprendre que des gens ne soient pas emballés, et inventent n'importe quoi pour rationaliser ce rejet viscéral du projet de bosser chez Castorama, d'habiter à Puteaux et de trouver ça génial. Moi, salaud, je reconnais que notre société est extrêmement vissée. Mona Chollet sert sans doute d'exutoire à plein de gens, disant à leur place, mieux qu'eux, ce qu'ils pensent. 

Les gens venus d'Afrique et du Maghreb ont beaucoup de mal à se conformer à ce moule. Ils viennent ici par necessité, mais ne voient pas pourquoi ils devraient changer leurs habitudes pour autant.
Moi, d'ailleurs,  si je vivais en Algérie ou en Egypte, ce ne pourrait être par choix: cela ne correspond absolument pas à mes inclinations. Je n'aurais donc aucune envie d'adopter les moeurs locales, qui ne m'attirent en rien. Je ferais tout pour vivre à l'occidentale. Les immigrés font de même, on ne peut le leur reprocher. 

On veut les forcer à s'adapter, ils se révoltent, je ferais pareil à leur place. 

Mona Chollet a horreur de tout cela, de cette rigueur, de cette prima
uté du travail et de l'ordre. Elle a de la sympathie pour ceux qui passent outre. Elle aimerait que la société "change de visage", elle le dit ouvertement, grâce à cet apport exogène.

Mais ce sera parfaitement, en dépit du chambard, en vain. Ces jeunes "de banlieue" vont vieillir comme tout le monde, et seront tôt ou tard obligés de se conformer au système. A trente cinq ans, une racaille est ou morte, ou en prison, ou chez Darty. Il n'y aura pas de révolution. Aucun souci à se faire sur ce point. Mona Chollet aussi, se rangera tôt ou tard.

 

11.04.2009

Le Figaro interviewe la victime, nous interrogeons un cinglé

Bertrand POUFFECAL

logo_figaro.gif (journal de droite dure) a retrouvé le mec agressé et l'a interviewé. Il répond conformément à ce qu'on lui enseigne à Sciences-Po, ou lui est dispensée, c'est évident, une solide formation humaniste. La qualité et la solidité des cours de Sciences-Po sont magnifiquement illustrées par les propos émouvants et tolérants de ce futur chroniqueur à France-Culture. Prenez exemple sur ce garçon: il nous montre comment réagir sainement en pareil cas. Je l'approuve à 100%, avec cette réserve qu'il n'a qu'insuffisamment évoqué la misère et l'exclusion sociale des véritables victimes de ce tragique évènement: les jeunes et ma foi sympathiques chahuteurs.

En dessous, Bertrand Pouffecal est allé interviewer LE contre-exemple, notre collaborateur Valentin Lagramoutz, le super philosophe et sociologue, agressé l'année dernière dans des conditions similaires et à qui l'on a posé exactement les mêmes questions pour voir ce qu'un barjo fasciste et paranoïaque répondrait.

 

logo_figaro.gif

 

 

La victime agressée dans le bus témoigne
Propos recueillis par Christophe Cornevin
10/04/2009 | Mise à jour : 21:31


Très posé, âgé de 19 ans et élève en première année à Sciences Po Paris, F. G. n'a rien oublié de son agression, lors de la nuit du 6 au 7 décembre : pris à parti dans le bus Noctilien à Paris, il a été frappé par quatre voyous. La scène, filmée par une caméra de vidéo protection, a circulé sur Internet avant de déclencher la polémique. Un policier, soupçonné de l'avoir mise en ligne, a été suspendu.

F.G. revient sur les événements. Dans une brasserie de gare parisienne où il s'apprête à prendre un TGV, il se livre «en exclusivité pour Le Figaro qui m'a retrouvé le premier. Après quoi, je ne dirai plus rien. Je veux passer à autre chose…»

LE FIGARO. - Que s'est-il vraiment passé dans le Noctilien, cette nuit ?

Je passais une soirée avec des amis et je m'apprêtais à rentrer chez moi dans le XVIIe arrondissement. Je prends le Noctilien gare de l'Est, tout seul. Je tourne le dos à quatre jeunes hommes. Pendant que l'un me demande une cigarette, l'autre me fait les poches. Lorsque je me retourne, je vois l'un d'eux qui manipule mon portefeuille. À l'instinct, je tente de le récupérer. C'est alors qu'a commencé l'affrontement…

Votre agression, très violente,a dû vous sembler interminable…

D'un point vu spatial ou temporel, j'ai beaucoup de mal à évaluer ce que j'ai vécu. En voyant la vidéo, cela m'a permis d'ancrer mon agression dans le réel. Je me souviens juste qu'ils me poussent vers l'arrière du bus, que j'ai été frappé à terre. Dans une seconde phase, je suis revenu vers le conducteur avant de recevoir des coups de pied et de poing. Comme en témoigne la vidéo, d'autres voyageurs aussi ont été molestés, notamment un jeune homme tentant de me porter secours.

Et le chauffeur, qui reste assis ?

Je ne lui en veux pas. C'était très difficile pour lui de réagir. Il est intervenu à sa façon, observant les consignes : il a arrêté tout de suite le bus et a téléphoné aux policiers. Très vite sur place, ils ont arrêté deux personnes tandis que leurs complices présumés l'ont été quelques jours plus tard.

Des sites Internet affirment que des injures raciales auraient été proférées à votre encontre…

Personnellement, je n'ai rien entendu de la sorte. Ces propos, s'ils ont été dits, interviennent dans un contexte où mes agresseurs étaient drogués ou ivres. Par ailleurs, ils n'étaient pas tous issus de l'immigration. La vidéo de mon agression apparaît comme très stéréotypée car, ce soir-là, je suis habillé de façon bourgeoise et je suis face à quatre jeunes qui faisaient beaucoup de bruit. En aucun cas, je ne veux passer pour l'incarnation d'une certaine image sociale qui aurait été prise à partie par des étrangers. Je ne l'ai pas ressenti comme cela. L'un des assaillants en survêtement, rasé, avait d'ailleurs une couleur de peau très pâle…

Comment se sort-on d'une telle épreuve ?

Hormis un hématome à l'œil et des bleus, aucune séquelle n'a été décelée. Deux jours après les faits, je suis allé consulter un psychiatre de l'Hôtel-Dieu de Paris qui m'a dit que j'avais l'air de bien vivre cette histoire. Depuis, je reprends les transports en commun, et même le Noctilien…

Cette histoire vous est revenue tel un boomerang par Internet…

Oui, le 6 avril dernier, un ami me dit qu'une vidéo a été mise en ligne sur Facebook. En voyant le lien, je m'apprêtais à demander à l'internaute qui l'avait postée de la retirer. Je ne me suis pas rendu compte qu'elle allait être diffusée à une telle échelle…

Cette diffusion semble vous avoir autant perturbé que l'agression ?

Il est vrai que la situation est très difficile, très délicate. Beaucoup d'amis ont été choqués par cette diffusion qui me blesse. Diffuser ces images sur Internet est très grave car elles remettent en cause une partie de nos principes juridiques. Il y a eu un grave amalgame entre la réalité de cette scène et sa représentation. Cette vidéo a circulé sur des sites extrémistes et a été exploitée par des politiques. Or, je ne veux pas être instrumentalisé. Le sujet est propice aux idées radicales et je n'ai aucune envie de nourrir cela. Il me fallait sortir de cette réductrice caricature. Le fait d'apparaître brutalement au centre d'une polémique de cette ampleur n'est jamais très agréable. Cela me blesse beaucoup alors que j'avais réussi à dépasser le fait en lui-même. Je quitte Paris sans haine, pour me retrouver au calme avec mes proches.

 

Notre collaborateur Valentin Lagramoutz agressé dans un autre bus témoigne
Propos recueillis par Valérie Creffo
11/04/2009

I
NTERVIEW EXCLUSIVE - La victime raconte comment elle a vécu son agression et la révélation récente de celle-ci.
Bertrand Pouffecal.gifA notre tour, nous avons interviewé notre collaborateur occasionnel Valentin Lagramoutz. Valérie CREFFO s'en est chargée.

 

Le visage déformé par la haine, notre ami Valentin Lagramoutz a été agressé lui aussi dans des circonstances similaires. Il n'a rien oublié. Agé de 38 ans et rédacteur en chef du  webzine "Gare aux Mites", il a une toute autre approche de ce qui lui est arrivé que le type de Sciences-Po.


Valérie CREFFO - Que s'est-il vraiment passé dans le Noctilien, cette nuit ?

Je revenais d'un dîner obligatoire chez des gens très cons et insupportables dans le XVIème arrondissement, qui n'ont aucune conversation et m'ont parlé des chiens, des enfants et autres sujets à chier. De plus ils m'ont servi un vin dégueulasse, à moins 15 € la bouteille, prix pour lequel on ne peut rien trouver de correct même chez Nicolas, vous êtes bien d'accord. Quoiqu'il y a un petit côte de Bourg qui...enfin, passons.  Ils sont radins, c'est terrible. Bref, je m'étais emmerdé et j'étais à cran. Les cons, c'est chiant et surtout longuet. Ma caisse était en panne au garage, pas moyen de trouver un tax le samedis soir avec tous les cons qui rentrent de leurs spectacles à la noix, et j'ai du prendre le noctilien, qui est souvent pris, il faut le dire, par des petits cons bourrés. J'essayais de lire un bouquin et ces petits merdeux sont montés dans la carriole et faisant du boucan. Vous savez, ce que je hais dans les transports en communs, c'est qu'ils sont communs, justement. Berk!

Bref. Ces connards gueulaient, cherchaient visiblement la baston, et on sait bien que la seule attitude recommandée par Sciences-Po est de faire profil bas et de baisser les yeux. Or j'était bourré, j'aurais voulu le silence, et je leur ai dit de la fermer. Evidemment, ils me sont tombés dessus. Les merdes....


Votre agression, très violente, a dû vous sembler interminable…

J'étais vraiment smurgé et quand les coups ont commencé à pleuvoir (ils étaient cinq ou six), j'ai sorti de ma poche un petit gourdin que je  garde dans ma poche au cas ou. J'ai  commencé à taper tout azimuth sans voir où et c'est ce qui explique sans doute que l'un des mecs soit resté une semaine dans le coma avec un hématôme cérébral. Je ne l'ai pas fait exprès, mais vraiment, c'est bien fait pour sa gueule.

Et le chauffeur, qui reste assis ?

Il était terrorisé, comme tout le monde. Les gens ont la trouille. Heureusement, comme dit le petit type de Sciences-Po, il a un bouton pour appeler les keufs. Qui ont déboulé. Un car.

Des sites Internet affirment que des injures raciales auraient été proférées à votre encontre…

C'est vrai et c'est habituel, on a l'air de le découvrir. Mais comme, pour me donner du courage, j'ai gueulé comme un putois (j'était très fortement imbibé, sinon j'aurais sans doute rien fait) je leur ai répondu sur le même registre en les traitant en plus de racaille, de sous-merdes, etc. Putain, j'étais vraiment bien pinté... Cela dit, il y a des blancs dégénérés aussi, hein, faut pas se leurrer. Avec ce qu'on leur montre à la télé, toutes ces conneries, que la réussite c'est d'être autour d'une piscine avec des putes, machin, faut pas s'étonner. Puis j'ai dégueulé, hélas juste quand les flics arrivaient, ce qui fait que je me suis retrouvé au violon avec  mes agresseurs. Je crois qu'au début, les gens du bus m'approuvaient, puis qu'à la fin ils avaient un peu peur de moi...

Comment se sort-on d'une telle épreuve ?

Avec une forte détermination, dans les deux jours suivants,  à retrouver ces fumiers et à leur faire la peau un par un. Mais en fait je vais sans doute me décourager avant. La lassitude, la redéscente après la cuite... Et puis, il y en a un qui est en taule, deux autres sont en liberté provisoire sous contrôle judiciaire. Heureusement, grâce aux caméras, j'ai pu prouver la légitime défense: c'est bien eux qui ont commencé. Sans la caméra c'était leur version qui passait et je serais en taule, à cette heure-ci. Moi, Valentin Lagramoutz, grand penseur! En taule! Peut-être avec les mêmes mecs! Vous avez vu  Fleury à la télé ? Ca vous fait envie ? Pas moi. Et c'est d'autant plus un succès que mon avocat est un poivrot, qui était bien bourré à l'audience. Il m'a dit que le juge aussi était connu pour être un alcoolo, est qu'il avait tout fait pour enrôler l'affaire quand c'était ce juge qui siège...

Cette histoire vous est revenue tel un boomerang par Internet…

Je trouve internet un super-progrès. C'est moi qui ai mis la vidéo en ligne et l'ai fait circuler. Evidemment, quand on la regarde, je n'ai pas l'air très reluisant. J'ai plus l'air d'un dingue que les racailles, non ? C'est ça le problème.

Cette diffusion semble vous avoir autant perturbé que l'agression ?

Pas du tout. J'aime qu'on parle de moi, déjà, et de plus internet fait contrepoids à la télé qui nous cache tout et nous dit rien. J'aurais voulu qu'on en parle à Pujadas, qu'on en fasse le même foin que pour le mec de sciences-po. Moi aussi, chuis important, moi aussi chuis sur internouille!

 

Propos du malade recueillis par Valérie CREFFO